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Le maître silencieux

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Il était une fois, dans un royaume lointain, à l’aube du temps, il y avait un monastère au coeur d’une dense forêt au pied d’une immense montagne. Dans cet ermitage humble et heureux habitait un grand maître dont tout le royaume parlait comme une légende, comme un mythe ancien. Ce sage avait quelques disciples qui suivaient ses enseignements spirituels et travaillaient aux tâches quotidiennes, cultivant, cuisinant, réparant, s’adonnant au ménage à fin de maintenir l’ermitage propre et digne du maître.

Plus le temps passait, plus les mots, les explications élaborées, les philosophies complexes du guru étaient remplacées par sa présence silencieuse. En d’autres mots, plus le swami vieillissait, moins il parlait. Tel Ramana Maharshi, il enseignait de plus en plus par le silence, profond et conscient, au détriment de la parole, trompeuse et imprécise. Au fil du temps, certains de ses élèves, les plus jeunes et impatients, assoiffés de connaissance, désirant l’illumination avec un peu trop d’ardeur, commençaient à douter de l’efficacité de l’enseignement du maître. Ils voulaient comprendre, intellectualiser, saisir cela qui ne se comprend pas, qui ne se dit pas, qui ne se saisis pas. Aveuglés par leur avidité de connaissance, ils ne comprenaient pas que la présence silencieuse du maître était bien plus précieuse que quelconque philosophie.

Un beau matin de printemps, un disciple, énervé d’attendre l’illumination, décida qu’il partirait à la recherche d’un maître qui lui parlerait avec plus de précision sur le nirvana, le samsara, les réincarnations et comment atteindre la libération, moksha. Subtilement, il en glissa un mot à son meilleur ami, qui à son tour en parla à un autre moine, et ainsi de suite. À midi, quand le soleil réchauffait la fraîcheur printanière, tout l’ermitage était déjà au courant des plans pour partir à la recherche d’un autre guru. Certains disciples, les plus fidèles, rejetèrent avec dégoût cette proposition, rappelant tout ce que leur maître leur avait offert. D’autres, par contre, ont décidé de suivre ce premier moine révolutionnaire.

Quand le guru revint de sa marche quotidienne dans la forêt, il s’aperçut, même avant d’arriver à la porte du monastère, que quelque chose n’allait pas comme d’habitude. De par son intuition aiguisée, il comprit tout ce qui se passait simplement en regardant le visage désespéré de certains moines.

Il écouta les mille-et-une raisons des sept moines qui avaient décidé de partir, toutes les justifications possibles, car dans le fond, ils ne se sentaient pas bien de quitter. Le maître compris qu’ils avaient besoin d’une leçon de la vie elle-même, et, d’une compassion profonde, tel un père qui laisse son enfant partir de la maison même s’il connaît les périls que cela implique, les laissa aller avec un grand sourire. Les sept moines étaient perplexes, car ils s’attendaient à toute autre réaction, sois de la colère ou même, de la tristesse.

« Préparez vos bagages, mangez bien ce soir, et vous partirez demain au premier rayon de soleil ».

Le lendemain, les sept moines quittèrent l’ashram pour la première fois en plusieurs années. Un d’entre eux avait entendu qu’il y avait un grand maître qui habitait dans la ville de l’autre côté de la vallée. Ils décidèrent à l’unanime de partir dans cette direction. Ils marchèrent plusieurs heures dans la dense forêt, et virent toute sorte d’animaux, des biches, un tigre au loin, quelques serpents et des centaines d’oiseaux multicolores. Les moines, qui avaient médité sur l’unicité du cosmos, étaient fascinés, même, aveuglés, par la diversité de cette riche nature. Le soleil ardent étant à son zénith, il croisèrent une rivière. Son mouvement, poussé par la neige décongelé des montagnes avoisinantes, était féroce. Ils regardèrent toutes les possibilités et la seule façon d’arriver à leur objectif était de croiser cette puissante rivière. Il trouvèrent un endroit où le torrent était moins fort et où il y avait des roches pour se soutenir. Ainsi, ils passèrent tous en même temps. Les plus aptes physiquement passèrent facilement, tandis que certains avec plus de difficulté. Essoufflé, rendu de l’autre côté de la rive, le plus âgé du groupe décida de compter pour s’assurer que tous étaient bien là.

« Un, deux, trois, quatre, cinq, six… Oh non attendez, il manque quelqu’un! »

Chaque moine fit le décompte à son tour et ils arrivaient tous à six. Constatant qu’ils avaient perdu un ami, un frère, un compagnon, ils se mirent à pleurer. Un d’entre eux maudissait leur karma, qu’il associait au fait d’avoir laissé leur maître. Ils pleurèrent pendant des heures…

C’est ainsi qu’un jeune bucheron les trouva, en pleurant et criant. Il leur demanda quelle était la raison de tout ce vacarme. Ils lui dirent qu’ils étaient sept, et en croisant la rivière ils perdirent l’un de leurs compagnons. Le bucheron, un peu perplexe, compta le groupe à nouveau.

« Un, deux, trois, quatre, cinq, six et sept… De quoi parlez-vous? Vous êtes sept! » Pour une énième fois, ils firent le décompte. Effectivement, sept moines! Le plus rusé d’entre eux fit la connexion: à chaque fois qu’un moine comptait, il oubliait de se compter lui-même. En s’apercevant de ce fait, les moines, et le bucheron éclatèrent de rire, cette blague cosmique était tellement drôle!

« C’est grâce à notre maître et ses enseignements silencieux qu’on a réussi à nous oublier nous-mêmes. »

Effectivement, les méditations et enseignements du maître silencieux avaient permis aux disciples de s’identifier à la vacuité, de devenir un avec l’univers.

En riant, les larmes aux yeux, les disciples comprirent la profondeur du silence conscient de leur guide spirituel. Sans aucun doute, ils décidèrent de retourner à l’ermitage remercier leur enseignant.

Professeur de yoga et musicien, Philippe est passionné par la corrélation entre son, méditation et conscience. Il apprend le Yoga traditionnel sous l'aile de Yogacharya Prahaladji à l'Ashram de Sivananda où il est formellement initié à la tradition du Védanta. Il élargi son éventail en apprenant le Yin Yoga avec Mélanie Richards dans le cadre d'une formation professorale. Amoureux de la musique classique indienne, Philippe suit des cours de chant classique hindustani depuis 2012. Il poursuit maintenant ses études de musique classique et yoga du son avec les frères Gundecha, maestros de Dhrupad, style musical reconnu par son aspect profond et méditatif. En plus d'enseigner dans plusieurs centres, Philippe anime des Kirtans et cercles de chant, ateliers de méditation, yoga du son et Hatha yoga dans l'île de Montréal.

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