Boutique Vivre en Yoga Boutique Vivre en yoga

Comment prononcer le OM?

Par  |  0 commentaire

Le sanskrit est une langue qui fut créée consciemment.

Contrairement à d’autres langues qui se sont formées «naturellement », instinctivement, qui se sont concrétisées par certains hasards de l’histoire, le sanskrit est conçu comme un outil pour que chaque nom corresponde à la vibration émise par l’objet nommé. Comme toute science provenant du continent indien, cette langue n’est pas seulement le résultat de spéculations intellectuelles, mais surtout le résultat d’observations méditatives. À la différence de l’Esperanto, qui elle aussi est une langue créée de toute pièce, le sanskrit est le résultat d’une méditation profonde sur chaque son qui peut être produit et entendu.

La pensée indienne considère souvent que l’univers est un reflet de lui-même dans lui-même. Ceci implique nécessairement que toutes les qualités retrouvées dans le macrocosme se reflètent dans le microcosme, comme le système atomique qui ressemble à notre système solaire, avec un noyau gravitationnel et des particules qui tournent à l’entour de celui-ci. Ainsi, tout ce qui se passe dans le microcosme de notre bouche est un reflet des lois du macrocosme. En étudiant chaque mouvement de l’air, de la langue, de notre mâchoire, les rishis, sages de l’antiquité, ont médité sur chaque son qui peut être produit par l’humain et ont expérimenté différentes forces cosmiques en produisant chacun de ces sons. C’est pour cela que chaque syllabe du sanskrit a un sens profond et spirituel. Connaître et surtout, méditer sur chacun des sons du sanskrit est la base de la pratique du Mantra Yoga, qui s’avère à être beaucoup plus profonde et efficace si ce travail initial est fait.

Mais comment fonctionne le sanskrit? Pourquoi cette langue serait-elle plus efficace pour la pratique du Mantra qu’une autre? Par ce que l’on appelle en physique du son comme la loi de la résonance.

Cette loi explique que si deux cordes sont exactement accordées à la même fréquence et que l’on en joue qu’une seule, la deuxième corde va quand même vibrer et résonner avec celle-ci, comme les cordes sympathiques d’un sitar. De par sa compréhension de chaque son, le sanskrit créé des mots qui représentent la vibration essentielle de l’objet, ainsi, quand le mot est prononcé l’objet vibre. Ceci fait en sorte que le sanskrit est la langue plus adéquate pour le Mantra Yoga, qui peut aller de la pratique d’incantations magiques à celle de prières sublimes.

Du son OM apparaissent toutes les matrikas, sons sanskrits, et ceux-ci se densifient jusqu’à créer la matière palpable que l’on expérimente en ce moment. Avec cette petite base, il est plus facile d’expliquer pourquoi OM est considéré le Pranava, ou le son primordial.

Toutes les voyelles du sanskrit sont considérées comme Shiva-Purusha, ou la Conscience pure, sans manifestation formelle.

Ceci est dû au fait que la langue ne touche pas le palais pendant la prononciation de voyelles, ce qui fait en sorte que l’air qui sort de nos poumons conserve sa “forme” sonore originale. Contrairement, les consonnes, où la langue coupe l’air qui passe pour lui donner différentes formes, sont associées à Shakti-Prakriti, le monde manifeste, des formes, de la différentiation.

Prenons comme exemple A et U (prononcée OU). A est un son guttural, qui vient de la gorge, la langue doit être aplatie au fond de la bouche. L’intérieur de notre bouche est spacieux sans interférence aucune de la langue. A représente donc l’énergie non manifestée sans forme, l’état d’existence pur, non pas l’existence de quelque-chose. U (OU) contrairement, de par sa qualité labiale (il faut engager les lèvres pour le prononcer), représente la projection de cette énergie dans le monde manifeste.

Si on fait l’exercice de prononciation de A et U (OU) (du fond de la gorge vers les lèvres, c’est à dire, d’un extrême à l’autre du microcosme buccal) on s’aperçoit qu’entre les deux se trouve O, car pour faire le son O, il faut engager la zone gutturale autant que les lèvres.

Ainsi le son O est le milieu parfait entre existence sans manifestation ni forme (A) et volonté d’existence et de manifestation (U). O représente ainsi l’état parfait de non-dualité, l’espace parfait entre existence et non-existence.

À la fin de chaque Mantra le sanskrit à tendance à ajouter anusvara, ou un M nasalisé. Celui-ci va être nasalisé à différentes intensités selon la région géographique ou il est prononcé (par exemple, en gurmukhi, la langue sacrée des sikhs, le mantra OM est romanisé ONG). Selon ma compréhension, il s’agit plutôt de ramener la conscience et l’énergie vers le ajna chakra, l’espace entre le sourcils, ce qui nasalise naturellement l’anusvara, plutôt que de le nasaliser en forçant physiquement. Spirituellement, l’anusvara représente la dissolution du monde, l’univers matériel qui se rétracte dans la conscience, par le troisième œil. Ceci implique que dans la combinaison de A + U + M on a l’histoire entière de l’univers, de sa réalité non manifeste (Soutenance, Vishnu), passant par sa projection dans le monde (Création, Brahma), et se rétractant en lui même (Dissolution, Shiva). Alors, comment le prononcer, OM ou AUM?

La pratique du Mantra s’avère plus efficace quand il y a une compréhension profonde de chaque syllabe du Mantra.

En fait, selon plusieurs maîtres hindous et tibétains, les deux mantras sont valides. Comme on l’a déjà expliqué, O est le point central entre A et U (ce n’est pas pour rien qu’en français la combinaison du son A et du U crée le son O). On pourrait donc dire que OM est la version concentrée de AUM, ou que AUM est la version étalée de OM. OM est la version Bindu (Point primordial) tandis que AUM est sa variante Naada (Onde primordiale). OM est la stabilité du Mantra, AUM son mouvement. OM est l’espace, AUM est le temps. OM est le Lingam, AUM le Yoni, et ainsi de suite… Si on veut pratiquer le mantra en évoquant le processus universel et chacune de ces étapes, AUM est plus efficace. Si on veut méditer sur la conscience non-duelle, sans mouvement, sans temps ni histoire, OM va être plus adéquat.

Professeur de yoga et musicien, Philippe est passionné par la corrélation entre son, méditation et conscience. Il apprend le Yoga traditionnel sous l'aile de Yogacharya Prahaladji à l'Ashram de Sivananda où il est formellement initié à la tradition du Védanta. Il élargi son éventail en apprenant le Yin Yoga avec Mélanie Richards dans le cadre d'une formation professorale. Amoureux de la musique classique indienne, Philippe suit des cours de chant classique hindustani depuis 2012. Il poursuit maintenant ses études de musique classique et yoga du son avec les frères Gundecha, maestros de Dhrupad, style musical reconnu par son aspect profond et méditatif. En plus d'enseigner dans plusieurs centres, Philippe anime des Kirtans et cercles de chant, ateliers de méditation, yoga du son et Hatha yoga dans l'île de Montréal.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *