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Atma Vichara, l’enquête de Soi

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Le Védanta est une philosophie indienne qui est apparue au VIII ème siècle. Elle s’inspire profondément des Védas, les textes les plus anciens de l’Inde et des premiers écrits de yogis, les Upanishads. Adi Shankaracharya est le moine qui à initié la tradition du Védanta en réunissant plusieurs écoles hindoues, voyageant partout en Inde et propageant ses enseignements. En fusionnant ces diverses écoles, le Védanta devint une des philosophies les plus pratiqués dans tout le sous-continent indien.

Le concept de base du Védanta est qu’il n’y a pas de distinction réelle entre le Brahman, Conscience pure de l’univers, et l’Atman, ou la Conscience pure de l’individu. Comme la goute d’eau, qui, chimiquement, ne diffère pas de l’océan, l’âme individuelle n’est qu’une « portion » de l’âme universelle. Ainsi, la véritable illusion (maya) est le sentiment de séparation entre un Je et le reste de l’univers. L’égo, ou Ahamkara, est le mur entre notre véritable nature et cette illusion.

Ainsi, le Védanta prescrit plusieurs techniques de méditation, de pranayama et d’asanas pour nous permettre de constater cette illusion et de nous défaire de celle-ci. Cette philosophie accepte toute sortes de pratiques, de la Bhakti (dévotion), Karma (action dans le monde), Raja (contrôle du prana) au Jnana (intellect). Swami Sivananda de Rishikesh, moine et maître de Yoga très populaire au XXème siècle, insistait sur l’importance de pratiquer les quatre voies pour une vie équilibrée. Mais, même si le Védanta utilise toutes les grandes voies du Yoga, c’est celle du Jnana Yoga qu’elle considère le plus.

Cette forme de Yoga est non-seulement la voie intellectuelle de l’étude des textes, mais surtout le cheminement qui nous invite à utiliser notre intellect pour raffiner notre conscience. La plus part des techniques de cette école impliquent de réfléchir, non pas de la façon habituelle et souvent automatique, mais de discipliner le mental pour tromper ses propres mécanismes. La question qui est souvent posée à l’égard de ces pratiques est la suivante:

«  Si la méditation implique l’arrêt ou la pacification du mental, comment la réflexion pourrait-elle aider? N’est-ce pas une autre activité mentale qui risque de remuer les vagues de notre esprit? »

Ici le Védanta répond « si on est partit prendre une marche, il faut marcher pour retourner chez soi ». Ainsi, le Védanta cultive la pensée méditative, consciente, disciplinée pour ramener toutes le pensées à la question source : KOHAM? Qui suis-je?

Selon cette philosophie, la pensée est toujours composée de deux éléments, le subjectif (je, nous, le mien, moi) et l’objectif (objet, personne, situation). Ainsi, plusieurs de leurs techniques de méditation consistent à truquer le mental pour éliminer l’objet et revenir ver le sujet. Par exemple dans la phrase « Je suis musicien » on élimine l’objet, « musicien », et l’état, « suis », pour ne garder que Je.

Ceci peut paraître égocentrique d’un certain point de vue, mais souvenons-nous que l’idée du Védanta est que sous le masque d’Ahamkara, l’égo (le « petit » je), se trouve l’âme individuelle, Atma (le « moyen » je ) qui en réalité n’est autre que le Brahman, l’Absolu sans forme (le « grand » Je). Quand le Védanta décide de se concentrer sur le sujet, ce n’est pas pour alimenter le Je égoïque, mais pour nous permettre de creuser jusqu’au Je le plus profond, qui est le grand observateur de l’univers.

Mais, comment pratiquer à partir d’une philosophie si intriquée et complexe? Voici comment pratiquer Atma vichara, ou l’enquête personnelle, méditation très connue dans les cercles védantiques:

1- Différencier entre Soi et les objets extérieurs. S’apercevoir que l’on n’est pas la pièce ou l’on est, le linge que l’on porte, les objets matériels que l’on possède. Ceci peut paraître ridicule, mais plusieurs personnes, au défaut de ne pas connaître la profondeur de leur être, se définissent par leurs possessions matérielles. Prendre un instant pour se concentrer sur ses possessions matérielles auxquelles on a le plus d’attachement et d’affirmer intérieurement que celle-ci ne nous définissent pas vraiment.

2- Différencier entre le Soi, le corps et les cinq sens. Si la conscience expérimente le monde, c’est grâce au cinq sens, qui agissent comme des portes. Cependant, notre identité ne dépend pas de notre corps ni nos sens. Est-ce qu’un aveugle perd l’essence de qui il est au moment de perdre la vue? Non. Prendre quelque instants pour connecter avec chacun de nos sens et d’affirmer qu’on n’est pas les sensations perçues.

3- Différencier entre le Soi et l’esprit/mental. S’apercevoir que toutes les pensées sont impermanentes, mais qu’il y a un observateur permanent à l’intérieur qui témoigne de la vie de chaque pense, de son apparition, sa persistance et sa disparition de l’esprit. Méditer entre la différence de cela qui observe la pensée et cela qui croit être l’acteur de la pensée.

4-Faire la distinction entre le Je pur, qui observe le corps et l’esprit, et le je impur, qui croit être ce corps et cet esprit. Méditer sur ceci.

5- S’identifier avec le Témoin. Résider dans la pureté de notre être et laisser les pensées, sensations et émotions aller et venir sans être affecté par celle-ci.

Ce procédé de réflexion méditative s’appelle aussi neti-neti, ni ceci, ni cela. Par l’enquête profonde et disciplinée, le Yogi s’aperçoit qu’il n’est pas le corps ni l’esprit, encore moins, l’idée qu’il a de lui même. Il est la conscience pure qui réside à l’intérieur de toute chose.

Professeur de yoga et musicien, Philippe est passionné par la corrélation entre son, méditation et conscience. Il apprend le Yoga traditionnel sous l'aile de Yogacharya Prahaladji à l'Ashram de Sivananda où il est formellement initié à la tradition du Védanta. Il élargi son éventail en apprenant le Yin Yoga avec Mélanie Richards dans le cadre d'une formation professorale. Amoureux de la musique classique indienne, Philippe suit des cours de chant classique hindustani depuis 2012. Il poursuit maintenant ses études de musique classique et yoga du son avec les frères Gundecha, maestros de Dhrupad, style musical reconnu par son aspect profond et méditatif. En plus d'enseigner dans plusieurs centres, Philippe anime des Kirtans et cercles de chant, ateliers de méditation, yoga du son et Hatha yoga dans l'île de Montréal.

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